Le point commun de ces viticulteurs: leur engagement à la vigne comme au chais pour produire les vins les plus naturels possibles.

Dans le paysage viticole français, l’attribution des AOC (Appellations d’Origine Contrôlée) est un secret bien gardé. Censées protéger les typicités de nos terroirs viticoles, elles sont fréquemment mises à mal par de puissants réseaux viticoles qui ont bien compris leur valeur économique et l’importance de ne rien changer pour continuer à engranger les bénéfices.

Mais un grain de sable a récemment remis à la lumière médiatique les débats autour de ce sujet sensible et montré qu’une prise en compte de l’évolution des pratiques viticoles était nécessaires sans quoi le prestige des AOC viticoles françaises, déjà égratigné, allait durablement souffrir de cette opacité conservatrice.

En 2015 donc, le cas d’Alexandre Bain, viticulteur dans la Loire, a été en effet révélateur des crispations locales autour des AOC et ce, bien au-delà du cercle d’un public averti. Il était en effet reproché à une de ses cuvées de Pouilly-Fumé de ne pas répondre aux critères de l’appellation et le vin fut donc refusé à l’agrément sous prétexte qu’il était oxydé. A vrai dire, le problème résiderait essentiellement dans le fait que les vins en biodynamie d’Alexandre Bain proposent une expression au plus près du terroir qui n’est pas encore acceptée par les organismes qui délivrent les agréments aujourd’hui en France. Son cas a été précédé de nombreux autres qui se sont vus sous la menace de retrait de l’AOC pour diverses raisons (Sébastien Riffault, Olivier Cousin qui a fait le choix d’en sortir ou encore Domique Derain qui s’est ensuite battu pour les réintroduire).

Le point commun de ces viticulteurs : leur engagement à la vigne comme au chais pour produire les vins vivants les plus naturels possibles.

Et c’est bien là où le bât blesse : leurs méthodes, parfois avant-gardistes dans le paysage de la viticulture française et souvent pleines de bon sens (enherbement, soins naturels tels qu’infusion, pas d’intrant si ce n’est du soufre, etc.), ne sont pas acceptées par l’industrie du vin.

Trop simple et transparent probablement…

Les règles sont alors biaisées pour forcer les électrons libres à rentrer dans le rang sous peine de perdre l’AOC que beaucoup considèrent encore aujourd’hui comme le sésame garant à la fois de qualité pour le consommateur et de visibilité pour les viticulteurs.

Ces situations récurrentes, qui ne devraient qu’augmenter dans les années à venir, sont bien le reflet d’un manque de compréhension (de l’industrie et des institutions) du monde du vin en 2017 ainsi que des grands enjeux environnementaux et sociétaux de notre époque. Cela soulève de nombreuses interrogations sur l’aptitude et la légitimité des organismes de certifications à appréhender les vins vivants selon les critères établis. Un indicateur important est la constante progression des vins commercialisés hors appellation – ces vins deviennent alors un signe contestataire comme une affirmation du viticulteur pour revendiquer son travail.

Il y a aussi ceux qui expérimentent et donc, par défaut, font une croix sur l’AOC car ils savent qu’ils seront refusés à l’agrément – même si ce travail d’expérimentation respecte profondément l’expression d’un terroir. Jean-François Ganevat, la famille Arena, Zelige-Caravent et bien d’autres ont vinifié et commercialisé des Vins de France ou de Table. Mais leurs réputations les précédant, l’enjeux est peut être différent.

Il me semble urgent de réagir si nous voulons conserver les spécificités des terroirs viticoles français. Se réapproprier cette notion de terroir propre aux AOC françaises pour éviter qu’elle ne devienne le refuge de vignerons qui en détournent le sens premier.

Les AOC françaises font partie de notre patrimoine, de l’ADN des territoires viticoles français et doivent être portées par la nouvelle génération qui pourrait, à terme, s’en détacher de façon irrémédiable, encouragée par la tendance des vins sans attache géographique comme si le “terroir” était devenu suranné : la mise en valeur du cépage uniquement, sans appellation aucune.

Pour se renforcer, les AOC doivent donc célébrer la diversité des pratiques, l’originalité des climats et des espaces géographiques ainsi que soutenir les méthodes culturales respectueuses de leur environnement et du consommateur.

Il est important de recentrer le débat autour de ces facteurs et de la qualité finale du vin – surtout quand on sait que nombre de professionnels reconnaissent que près de la moitié des vins produits sous AOC sont indignes de celle-ci.

La réforme souhaitée par le gouvernement il y a une dizaine d’années n’a pas été concluante et un changement de paradigme est aujourd’hui absolument nécessaire pour la survie des AOC dans le paysage viticole français.

Avoir vu récemment le documentaire ci-dessous à une heure de grande écoute sur une chaine publique m’a mis du baume au cœur ! Une graine est en train de germer et on ne peut que souhaiter que celle-ci réveille les consciences.

Chiffre d'affaire annuel du vin en France (en milliards)

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des vins produits sous AOC ne seraient pas représentatifs des terroirs

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des vins hors AOC sont exportés chaque année